Sébastien Barc portant la flamme olympique Paris 2024

Sébastien Barc

Parrain du Rocanto'Trail — Champion paralympique — Passeur de valeurs

7
Médailles paralympiques
2000
Champion à Sydney
2024
Porteur de la flamme

Sébastien nous a fait l'amitié de répondre à nos questions pour partager avec vous son parcours exceptionnel, ses valeurs et son attachement au Rocanto'Trail. Découvrez l'homme derrière le champion.

1980

Comment le sport est-il entré dans ta vie, et qu'est-ce qui t'a donné envie de courir ?

J'ai toujours été un homme de défis. C'est grâce à mon père, qui aimait courir, que j'ai fait mes premiers pas sur la piste.

Amputé à l'âge de 6 ans suite à un accident, Sébastien se forge très tôt un mental d'acier grâce au judo. Guidé par un père passionné, il découvre ensuite la course à pied vers 9 ans. Un tempérament remuant et un goût du défi qui façonneront toute sa vie.

J'ai eu un accident juste avant mes 6 ans, qui a entraîné mon amputation (NDLR: au bras droit). Pour m'aider à accepter mon handicap et à me confronter aux autres, j'ai d'abord commencé par le judo. Ça a été une véritable école de la vie : on ne me ménageait absolument pas à l'entraînement sous prétexte qu'il me manquait un bras, et cela a forgé en moi un tempérament d'homme de défis. Parallèlement, la course à pied est entrée dans ma vie grâce à mon père, qui aimait courir et qui m'a fait faire mes premiers pas. Il m'a emmené courir avec lui, puis m'a inscrit à mes premières petites courses d'enfant, notamment des cross. J'y ai pris énormément goût. J'avais déjà, enfant, un tempérament bien remuant, qui aimait tout le temps pratiquer du sport, jouer, courir avec les copains. Ça a toujours été dans ma nature.

Pendant le lycée, un de mes professeurs d'EPS m'a fait prendre conscience que j'avais vraiment de grosses qualités naturelles dans la course à pied. Sur le moment, je ne le comprenais pas parce que pour moi, ça restait du jeu. C'est quand je me suis rapproché de la vie active que j'ai voulu me stabiliser, et l'athlétisme correspondait bien à mon organisation entre vie personnelle et vie professionnelle. Les résultats sont venus vite, et je me suis pris au jeu.

1996

Tu as découvert le handisport en 1996, à 25 ans. Peux-tu nous raconter ce déclic ?

J'ai commencé à pianoter sur mon Minitel pour chercher un club handisport !

1996. Les Jeux Paralympiques d'Atlanta passent à la télévision. Sébastien découvre que sa situation de handicap a sa place dans le sport de haut niveau. Une révélation qui va tout changer.

J'avais déjà un bon niveau régional en athlétisme parmi les valides. Étant amputé d'un membre supérieur, je me considérais comme un valide et je pensais que ma situation de handicap n'avait pas sa place dans le sport de haut niveau. Mais après les Jeux Paralympiques d'Atlanta en 1996, j'ai découvert qu'il y avait plein de situations de handicap différentes, dont la mienne.

Alors — vous avez le droit de sourire — j'ai commencé à pianoter sur mon Minitel pour chercher un club handisport ! Je suis tombé sur Touraine Handisport. Marie-Rose Perrin m'a accueilli et, quand elle a communiqué mes temps de référence au directeur sportif de la Fédération, celui-ci lui a dit de ne pas me laisser partir sans prendre une licence : j'avais déjà un très bon niveau pour le milieu handisport.

En février 1997, je fais mes premiers Championnats de France en salle à l'INSEP. Je repars avec un titre de champion de France et un de vice-champion. Les dirigeants de la Fédération me détectent et me disent : « Si tu t'entraînes plus, pourquoi pas envisager les Jeux Paralympiques dans quatre ans. »

C'est aussi à ce moment-là que j'ai pu régler mon seul vrai désavantage technique : le départ. Jusque-là, je perdais de précieux dixièmes de seconde dans les starting-blocks car j'étais en déséquilibre, en appui sur un seul bras. La Fédération m'a alors proposé de créer une prothèse spécifique pour pouvoir prendre appui sur mes deux bras. C'était autorisé en handisport, et cela a été un vrai tournant. Ça a énormément contribué à ma progression et mes chronos ont décollé, me permettant même de rivaliser à haut niveau avec les valides !

La carrière de haut niveau

2000

Sept médailles paralympiques, dont l'or à Sydney en 2000... Quel souvenir gardes-tu de ce moment ?

J'étais sur mon nuage, comme si cette course m'était réservée.

Finale du 200 mètres aux Jeux Paralympiques de Sydney. 50 000 personnes dans le stade. Une course parfaite, une médaille d'or, et cette sensation unique de flotter en courant.

J'arrivais avec un statut de favori — j'étais déjà champion du monde et numéro un mondial sur 200 mètres — mais tout avait été très vite : entre 1996-97 et 2000, il n'y avait que trois ans. Je me mettais une pression pas possible parce que c'était mes premiers Jeux. J'aurais jamais pensé vivre ça dans ma vie. C'est l'année où je me suis le plus entraîné.

En finale, j'ai réussi à gérer la pression. Je n'ai pas pris un départ spécialement bon, mais j'ai fait une très belle sortie de virage et une très belle ligne droite. Très sincèrement, je n'ai pas le souvenir d'avoir souffert pendant cette course. J'étais sur mon nuage, comme si cette course m'était réservée. Quand j'ai passé la ligne, ça aurait pu durer encore longtemps. J'ai rarement vécu ça durant ma carrière, cette impression de flotter en courant.

Être dans un stade olympique avec 50 000 à 60 000 personnes, je n'avais jamais vécu ça. Le peuple australien était debout pour applaudir leurs compatriotes, arrivés deuxième et troisième, mais ils m'ont aussi acclamé avec un immense respect lorsque nous avons fait notre tour d'honneur ensemble. C'est un souvenir extrêmement marquant. La remise de médaille, La Marseillaise qui retentissait... J'étais content. Ces trois médailles à Sydney — or, argent, bronze — c'était une belle collection pour rentrer en France.

2002

Tu as été capitaine de l'équipe de France d'athlétisme handisport. Qu'est-ce que cette responsabilité représentait pour toi ?

On a posé les premières pierres de l'édifice pour que le mouvement handisport soit reconnu.

Devenu capitaine de l'équipe de France, Sébastien prend conscience de sa responsabilité : transmettre le témoin aux générations futures et ouvrir la voie pour que d'autres puissent rêver.

Vers 2002, je commençais à avoir de la bouteille et un palmarès, et je me suis retrouvé projeté capitaine de l'équipe de France. C'était une reconnaissance, mais surtout une responsabilité pour transmettre.

Ma génération était très forte en termes de résultats. On a posé les premières pierres de l'édifice pour que le mouvement handisport — qu'on appelle maintenant parasport — soit reconnu. On voulait permettre à d'autres personnes en situation de handicap de rêver et de se dire : « Moi aussi je peux pratiquer du sport, et un jour peut-être faire partie de l'équipe de France. »

Les athlètes qui étaient à Paris en 2024, ce sont des jeunes que j'ai vus arriver. On leur a transmis ce témoin, on leur a apporté notre expérience pour qu'ils puissent atteindre leurs objectifs.

2024

En 2024, tu as porté la flamme olympique lors des Jeux de Paris. Quelles émotions as-tu ressenties ?

Je suis fier de faire partie de ces relayeurs.

Paris 2024. Le Comité d'organisation vient chercher Sébastien pour porter la flamme olympique. Une surprise, une émotion immense, et la fierté de partager des valeurs de cohésion et de fraternité.

C'est quelque chose auquel je ne m'attendais pas. C'est le Comité d'organisation des Jeux de Paris qui est venu me chercher. Là, je me suis rendu compte que sur la région, je faisais partie des quelques personnalités qui avaient cet honneur.

Ce que j'ai surtout apprécié, c'est cette ferveur avant même les Jeux. Voir les gens réunis tout au long du parcours, heureux de voir passer cette flamme, heureux d'accueillir les Jeux — malgré ce qu'on pouvait entendre des opposants, qui étaient finalement une minorité. On a vu ensuite que ça a été une très belle réussite : tous les Français, ou la grande majorité, vivaient à l'heure des Jeux pendant le mois d'août 2024.

J'étais content de partager ces valeurs de cohésion, de fraternité. Je suis fier de faire partie de ces relayeurs.

Le Rocanto'Trail

Pourquoi as-tu accepté de parrainer le Rocanto'Trail ? Qu'est-ce qui t'a séduit dans ce projet associatif ?

J'ai tout de suite été accueilli, pas par rapport à mon palmarès, mais par rapport à ce que j'étais.

C'est par le Téléthon que Sébastien découvre Saint-Antoine-du-Rocher. Une commune qui lui ressemble, des valeurs partagées, et une amitié avec Elisée qui remonte à 2002.

J'ai découvert Saint-Antoine-du-Rocher par le biais du Téléthon, il y a facilement dix ans. J'ai été marqué par cette dynamique associative et municipale, et par des personnes qui me correspondaient en termes de valeurs. J'ai tout de suite été accueilli, pas forcément par rapport à mon palmarès, mais par rapport à ce que j'étais comme individu.

Je connaissais aussi Elisée depuis longtemps — on est issus du même club, l'Athlétic Club de Saint-Cyr, on se connaît depuis 2002. Au Téléthon, j'ai été parrain de nombreuses éditions, et à l'époque où il courait, on courait ensemble une partie de la nuit. On était copains. J'ai toujours été admiratif de son palmarès, de ce qu'il faisait et de ce qu'il fait encore aujourd'hui. Il y a beaucoup d'humilité entre nous deux. Lui aussi, c'est une très belle personne : il ne se contente pas de courir, il aime œuvrer, donner de son temps.

C'est Suzel et Catherine qui m'ont proposé de parrainer le Rocanto'Trail, à la deuxième édition. Elles m'avaient connu au Téléthon et m'ont dit : « On aimerait que tu sois notre parrain, par rapport à ton investissement et tes valeurs qui correspondent aux nôtres. » Ça s'est fait naturellement.

Notre course soutient l'association ADEL Centre, qui accompagne les enfants atteints de leucémie à l'hôpital Clocheville de Tours. Que représente cet engagement pour toi ?

Ces enfants combattent la maladie au quotidien pour pouvoir vivre et réaliser leurs rêves.

Chaque année, 1€ par inscription est reversé à ADEL Centre. Une association qui se décarcasse pour aider les enfants atteints de leucémie ou d'autres formes de cancer à l'hôpital Clocheville de Tours.

C'est très important pour moi. La première raison, c'est qu'on parle d'enfants. J'ai la chance d'avoir des enfants en bonne santé, et avec ma femme, on leur a transmis des valeurs d'humilité et de respect des autres.

Quand des associations comme ADEL Centre se décarcassent pour aider les enfants qui sont confrontés à la leucémie ou d'autres formes de cancer — ces enfants qui se battent, combattent la maladie au quotidien avec leurs parents, leur entourage, les médecins — pour pouvoir tout simplement vivre et réaliser leurs rêves... Eh bien si on peut leur donner un coup de pouce, quelles que soient nos possibilités, c'est important à mes yeux.

Si ça peut aider à récolter toujours un petit peu plus de fonds, parce qu'on sait que ça passe aussi par des traitements qui coûtent très cher pour lutter contre la maladie, j'en suis vraiment heureux. C'est tout simplement un engagement de solidarité.

C'est pour ça que c'est important pour nous qu'il y ait cette petite course prévue pour les enfants. Si les enfants courent aujourd'hui, c'est aussi pour permettre à d'autres enfants de demain de pouvoir réaliser leurs projets et leurs rêves.

Quel message aimerais-tu adresser aux participants qui hésitent encore à s'inscrire ?

Le parcours est fait pour prendre du plaisir, mais aussi pour se dépasser.

Un message aux participants : une belle équipe, un accueil chaleureux, un parcours magnifique. Tout est réuni pour vivre un moment inoubliable.

J'ai toujours trouvé que vous étiez une belle équipe avec une belle organisation. En tant que sportif, quand on vient participer au Rocanto'Trail, on a de l'attention. Les bénévoles et les membres de l'association mettent en place une convivialité, un bon accueil, une bonne humeur.

Et puis le parcours est magnifique ! C'est du bonheur de courir sur cette commune : le golf est très beau, la nature est superbe, le village aussi. Tout est réuni : le cadre et la qualité d'accueil.

J'encourage vraiment tout le monde à venir ou revenir participer. Le parcours est fait pour prendre du plaisir, mais aussi pour se dépasser : il y a du dénivelé, c'est très varié au niveau des paysages. Il y a de quoi se faire souffrir — dans le bon sens du terme ! — et pourquoi pas décrocher une coupe ou une belle place par rapport à l'objectif qu'on peut se fixer.

« Notre petite planète n'est pas grand-chose à l'échelle de l'univers.
Respectons-nous et aimons-nous. »

— Sébastien Barc

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